Le bain épaissi : viscosité, repos et température
Tout part du bain. Sur de l’eau claire, les couleurs se dispersent en quelques secondes et perdent immédiatement leur dessin. Il faut donc épaissir le liquide jusqu’à obtenir une surface capable de porter les pigments sans les avaler. Les deux épaississants les plus courants sont le carraghénane, extrait d’algues rouges, et la gomme adragante ; on rencontre aussi la graine de psyllium et, dans certaines pratiques, la fécule.
La viscosité utile se situe entre deux erreurs symétriques. Un bain trop fluide laisse les couleurs s’élargir sans limite : les taches se touchent, le peigne ne rencontre plus de résistance et le motif se brouille. Un bain trop épais retient les gouttes en petits disques compacts, refuse l’étalement, et le peigne y trace des lignes cassées qui ne se referment pas. Entre les deux, la couleur posée doit s’ouvrir en cercle régulier, puis s’immobiliser.
Un bain fraîchement mélangé n’est pas prêt : il contient de l’air et des grumeaux invisibles à l’œil. Le laisser reposer plusieurs heures, idéalement une nuit, au frais, permet aux bulles de remonter et à l’hydratation de s’achever. Avant chaque séance, on écrème la surface avec une bande de papier journal ou de papier kraft passée à plat, d’un bord à l’autre : ce geste enlève poussières, résidus de couleur et pellicule superficielle.
La température compte davantage qu’on ne le croit. Un bain froid est plus visqueux, les couleurs s’y ouvrent moins ; un bain qui a passé l’après-midi près d’une fenêtre chaude devient plus fluide et le même dosage de couleur donne des taches plus larges. Travailler dans une pièce stable, et sortir le bain du frais assez tôt pour qu’il atteigne la température ambiante, supprime une grande part des variations inexpliquées.